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Gestion et aspects socio-économiques de la lutte contre les tsé-tsé

Identifier et calculer les coûts des trypanosomoses.

Les coûts des trypanosomoses pour l'élevage ou les petites exploitations mixtes sont multiples et variés, à cause des rôles multiples joués par le bétail dans ces systèmes d'existence : lait et viande pour la consommation familiale, sources de revenus par la vente des animaux ou de leurs productions, engrais, puissance de traction et statut social. Selon les sociétés d'éleveurs, ces fonctions sont différemment classées par ordre d'importance. Si une agence envisageant de lutter contre les trypanosomoses ne l'a pas déjà fait, il est impératif de connaître le classement de ces fonctions. Cela peut être fait lors d'entretiens semi structurés, en utilisant un jeu d'images (par exemple un morceau de viande, un seau -ou une calebasse- de lait, une charrue, etc.), avec le terme local mentionné dessus. On ne doit pas espérer un consensus général entre les éleveurs ; il peut y avoir des différences, par exemple, entre les villages en altitude ou en plaine, entre hommes et femmes, mais un schéma global pourra être dégagé.

Il est important ensuite d'identifier, soigneusement et de façon ouverte, les différents impacts des trypanosomoses. Quelques-uns de ces impacts, connus dans les systèmes pastoraux et les petites exploitations agricoles mixtes, sont les suivants :

• Le coût des traitements par trypanocides
• La mortalité des animaux adultes
• Les avortements
• La perte de lait
• La perte de la puissance de traction et/ou l'incapacité à labourer dans certaines régions
• Impossibilité de pâturer dans certains endroits
• Impossibilité de vendre le bétail, ou des prix très bas, pour les animaux affectés de trypanosomoses.

Quand tous ces impacts ont été inventoriés, il y a deux façons complémentaires de mener l'enquête. La première, surtout qualitative, est basée sur leur classement ; ensuite, de manière semi structurée, on examinera dans quelle mesure ils peuvent être quantifiés par un éleveur typique ou moyen. La seconde façon est plus structurée et quantitative : elle est menée sur un échantillon de populations, et repose sur une enquête de rappel*. En pratique, ces deux manières peuvent être combinées, par exemple en incluant les impacts majeurs et/ou les plus facilement quantifiables dans une étude structurée.

Le classement des impacts ne remplace pas leur quantification : il peut seulement indiquer que l'un est plus important que l'autre sans préciser de combien. Mais si les impacts sont difficilement quantifiables, ou si les éleveurs ont du mal à se rappeler, cela peut être plus rentable qu'une approche strictement quantitative. Les impacts en bas de classement n'ont pas besoin d'être précisément quantifiés ; ceux qui sont en tête de classement, mais difficilement quantifiables, peuvent être estimés d'après le principe qu'étant au moins aussi importants que le suivant, ils occupent la même place au niveau du coût.

Le classement peut aussi se faire au moyen d'images montrant par exemple un bovin mort, une calebasse de lait barrée, avec une courte description écrite en dessous. Le classement est alors fait en groupes ou individuellement, sur des échantillons formels ou raisonnés sélectionnés suite à un classement, formel ou informel, selon le niveau de richesse, ou bien simplement choisis de façon aussi aléatoire que possible parmi les personnes présentes.

Suite au classement, chaque impact que la communauté trouve important doit être étudié plus avant, dans le but de le quantifier, ou au moins de lui attribuer un rang de "magnitude". Quelques données sur la structure du troupeau, ou au moins les proportions des vaches et de boeufs de trait, sont nécessaires pour ce genre d'exercice. Si les données secondaires n'existent pas, des estimations peuvent être obtenues de façon participative par la méthode des "petits tas" (pile sorting)**. On pèsera le pour et le contre sur l'opportunité de mener une enquête plus structurée. Suivent ci-dessous quelques notes sur les principales catégories d'impacts.

Coût des trypanocides
C'est certainement l'impact le plus facile à quantifier. Cependant, les éleveurs peuvent avoir des difficultés à se souvenir des sommes dépensées sur une année, surtout si la taille du troupeau est importante. Si le prix des trypanocides sur le marché local est connu, le nombre de fois où l'éleveur a traité son bétail, ou chacun de ses animaux, peut être multiplié par le prix - et ce produit sera une bonne approximation. Quand on calcule ou on évalue le coût des trypanosomoses, il faut se souvenir que dans beaucoup de régions, les éleveurs peuvent passer beaucoup de temps à chercher à faire soigner leurs animaux et/ou acheter les produits. Peut être cela ne vaut-il pas la peine de quantifier ce temps en terme d'argent, mais c'est néanmoins un coût réel.

Mortalité
Dans les systèmes d'élevage où l'usage des trypanocides est courant, la mortalité des animaux n'est peut être pas un impact majeur. Elle est aussi relativement facile à quantifier, même s'il peut y avoir un problème quand le décès est attribué à une trypanosomose au lieu d'une autre cause. La mortalité peut être quantifiée par la proportion du cheptel qui meurt, ou par le nombre de décès dans un troupeau appartenant à un éleveur moyen : dans les deux cas il sera utile d'établir la mortalité liée aux trypanosomoses en faisant le bilan des animaux possédés au jour présent et 12 mois auparavant.

Avortements
Les avortements seront vraisemblablement classés par les éleveurs comme un impact d'importance mineure, et il leur sera peut être difficile d'avoir un souvenir exact de leur nombre. Certaines hypothèses douteuses seront même avancées pour leur attribuer une valeur monétaire. Les avortements peuvent quand même être inclus dans une étude quantitative des coûts des trypanosomoses.

Pertes de lait
Les vaches contractant une trypanosomose durant la lactation, même traitées rapidement par trypanocides, souffrent d'une grave réduction de leur rendement en lait, peut être pour toute la période de lactation, éventuellement au point que le surplus de lait, destiné à la consommation familiale ou à la vente, soit réduit à zéro, ou même que les veaux soient privés de lait.

Les études menées avec les éleveurs et les fermiers-éleveurs, en Tanzanie et en Ethiopie, montrent que cet impact a un rang de classement relativement bas, et il n'est peut être pas nécessaire de le quantifier dans une étude du coût global des trypanosomoses. A moins que le lait ne soit d'habitude vendu, cet impact sera lui aussi difficile à quantifier. Toutefois, la probabilité, estimée, qu'une vache contracte une trypanosomose durant sa période de lactation (qui est grosso modo le produit des fréquences d'infections à trypanosomes par la proportion de l'année durant laquelle les vaches sont en lactation), le calcul de la production journalière (éventuellement en mesurant le volume des récipients utilisés localement) et le prix du lait, peuvent être combinés pour avoir une estimation du coût.

Perte de la puissance de traction
Ce genre d'impact inclue, en fait, deux sous-catégories (que l'on peut trouver dans n'importe quel système). Dans les zones à risque d'infection faible ou moyen, où les boeufs sont utilisés pour leur force de traction, une trypanosomose, même rapidement traitée, signifie que l'animal ne pourra pas labourer (ou faire d'autres travaux) pour une période allant d'une semaine à un mois. Cet impact peut être quantifié en obtenant localement des informations sur la durée de cette période, et en combinant, avec une estimation du temps de travail annuel d'un boeuf, la probabilité pour lui de contracter la maladie durant ce temps, et le prix de revient par animal d'une journée de travail (qui doit être estimé s'il n'y a pas un marché local pour la location d'animaux de trait).

La seconde sous-catégorie est la situation où les producteurs de bétail voudraient utiliser leurs boeufs pour le labour, mais en sont empêchés par un risque élevé d'infection trypanosomienne. Ce type d'impact est vraisemblablement non quantifiable sans un grand nombre de suppositions qui seraient dénuées de sens dans le contexte d'un petit programme de lutte communautaire contre les tsé-tsé (mais pas forcément le cas dans le cadre de l'analyse d'un projet de lutte anti-glossine à un niveau régional ou national).

Impossibilité de pâturer dans certaines zones
La répartition locale des tsé-tsé peut, localement, empêcher les éleveurs de faire pâturer leurs troupeaux dans des zones qui autrement pourraient leurs être accessibles. A nouveau, cet impact est probablement non quantifiable de façon significative pour un petit programme de lutte communautaire contre les tsé-tsé.

Impossibilité de commercialiser le bétail, ou vente à bas prix
Dans certaines situations, des producteurs de bétail pourraient indubitablement commercialiser leurs animaux si ce n'était la prévalence des trypanosomoses ; dans d'autres les éleveurs mettent sur le marché des animaux touchés par la maladie et évidemment en obtiennent un prix inférieur à leur valeur. De tels coûts peuvent être quantifiés, quoique pas forcément avec une grande fiabilité.

Après analyse des principales catégories d'impacts des trypanosomoses, une agence désirant mettre en place la lutte contre les tsé-tsé, peut se servir de ces estimations pour comparer le total de leurs coûts à celui de la lutte. Pour voir un exemple de procédure d'estimation, cliquer ici.

Autrement, une agence peut rechercher une quantification plus précise par une enquête structurée. Celle-ci a, à la fois, des avantages et des désavantages. Une approche structurée et quantitative peut éviter les erreurs liées au choix non randomisé des intervenants et aux hypothèses de départ utilisées dans un travail qualitatif ; elle amplifie les différences significatives entre des diverses catégories d'éleveurs ; elle peut être aussi plus persuasive pour les donateurs. D'un autre côté, une enquête structurée peut se heurter à des problèmes d'oublis des intervenants et à leurs réticences à quantifier, mis à part le fait que certains impacts majeurs seront intrinsèquement non quantifiables. Ceux qui envisagent des enquêtes structurées doivent aussi tenir compte des exigences en matière de travail qualifié nécessaire à l'élaboration des questionnaires, la supervision, la préparation et la saisie des données, et en particulier pour les analyses post-enquêtes.

D'autres remarques sur l'élaboration d'un questionnaire sont disponibles ici.


* Une enquête de rappel se base sur la capacité pour un paysan de se souvenir de faits passés depuis un certain nombre de mois - nombre de têtes de bétail possédées, nombre de décès, état de santé du troupeau il y a un an - et d'en faire le récit.

** La méthode des "petits tas" (pile sorting en anglais) permet de quantifier des concepts abstraits ou de matérialiser la valeur relative de deux impacts pour des personnes peu habituées à ce genre d'exercice. Elle consiste à donner à l'intervenant, un tas de petits objets (par exemple des grains de maïs), qu'il doit diviser en deux parties selon l'importance qu'il attribue à chacun des impacts. Le responsable de l’enquête peut alors estimer visuellement la répartition des objets et la traduire en pourcentages. Pour la comparaison entre revenus de la production de lait et revenus des cultures vivrières, si l'intervenant a fait un tas de 65 graines pour les premiers et de 35 pour les seconds le ratio de 65/35 est en faveur des revenus du lait.

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