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Gestion et aspects socio-économiques de la lutte contre les tsé-tsé

Chacun bénéficie-t-il de façon équitable des bénéfices de la lutte contre les tsé-tsé ?

Un chose est certaine, la lutte contre les tsé-tsé rapporte globalement des bénéfices substantiels, dans les régions soumises à un risque élevé et même là où le risque est plus faible, mais ils ne seront pas répartis équitablement entre tous les résidents de la zone de lutte. Le genre et l'âge influencent la distribution des bénéfices au sein des ménages, et il existe des différences entre chefs de famille selon la taille des troupeaux et la proximité des secteurs non assainis.

Au niveau des ménages
Dans les ménages possédant du bétail, les hommes, les femmes et les enfants n'ont pas le même accès aux bénéfices de la protection du cheptel, mais ils n'ont pas les mêmes responsabilités. Dans certaines circonstances, le succès d'une campagne de lutte contre les tsé-tsé peut augmenter la charge de travail des femmes : par exemple, l'utilisation plus accrue de la force de travail des boeufs pour le labour (un travail d'hommes) engendre des besoins supplémentaires en main d'oeuvre pour le semis et la récolte (des travaux de femmes). Le labour par traction animal étant désormais plus aisé, il peut aussi y avoir un déséquilibre entre les cultures de rente et les cultures vivrières faites par le chef de famille, avec un impact sur la nutrition des enfants. Tout dépend de la division du travail, et des droits d'accès aux revenus, dans la communauté. Toutefois, si la productivité du bétail est accrue, ces effets potentiellement pervers, doivent être replacés dans le contexte d'une amélioration globale des bénéfices pour l'ensemble du ménage.

Au niveau de la communauté
Dans toutes les sociétés pastorales, les propriétaires de bétail ne sont pas tous sur le même pied d'égalité, une minorité possède de grands troupeaux alors que la majorité n'en possède que de petits. Dans certaines sociétés traditionnellement considérées comme pastorales, une forte proportion, ou même la majorité, des chefs de famille ne possèdent même pas de bétail à cause de la sècheresse récurrente. Il est donc peu probable que les bénéfices de la lutte contre les tsé-tsé puissent être répartis équitablement.

Quand la communauté est culturellement et/ou ethniquement homogène, il peut exister des voies indirectes pour que les chefs de famille les plus pauvres bénéficient de l'amélioration du taux de survie et de la productivité des animaux appartenant aux plus riches. Beaucoup de sociétés pastorales ont un large éventail de coutumes grâce auxquelles les chefs de famille les plus riches prêtent du bétail aux plus pauvres - qui parfois peuvent conserver pour eux les nouveaux nés - ou emploient des personnes plus pauvres comme bergers en les rémunérant en liquide ou avec des animaux. Dans les contrées où la traction animale est communément utilisée pour le labour, il existe de façon coutumière la location, le partage ou l'échange du labour contre du travail. Une augmentation générale de la disponibilité d'animaux sains et productifs, apportera probablement plus que ce que ces coutumes mettent déjà en pratique. Il peut y avoir aussi des effets en cascade pour tous ceux qui travaillent dans le commerce, la main d'oeuvre temporaire ou les services.

Mais, si la propriété de bétail dépend de l'appartenance ethnique ou de critères culturels, alors la lutte contre les tsé-tsé peut entraîner des tensions entre les communautés possédant le cheptel et les autres, surtout si l'élimination des tsé-tsé entraîne un afflux d'éleveurs venus d'ailleurs (Salmon & Barrett, 1994).

Au niveau de la géographie
Indépendamment de ces facteurs sociaux, les personnes qui vivent à proximité des zones infestées de tsé-tsé et non assainies bénéficieront moins des avantages de la lutte que ceux qui vivent au centre de la zone protégée. A l'extrême périphérie les éleveurs ne verront que peu d'amélioration de l'incidence de la maladie, elles pourront même mal supporter d'avoir à contribuer au programme de lutte. Celles qui vivent au centre, donc loin des régions infestées, verront, elles, une amélioration rapide de la santé et de la productivité des animaux (ce qui pourrait les inciter à leur tour à arrêter le traitement du bétail et/ou leur contribution aux opérations de lutte).

Gestion des inégalités
On peut gérer ces inégalités, la clé étant une surveillance efficace. Ce peut être à la fois en contrôlant des facteurs quantitatifs, comme la quantité de pour-ons distribués, l'état des écrans et les données des évaluations, ou des facteurs qualitatifs comme le niveau de satisfaction des éleveurs. Ces facteurs qualitatifs devront concerner différentes catégories : les propriétaires de bétail, les chefs de famille non éleveurs et les individus à l'intérieur des ménages.

Pour les projets de lutte contre les tsé-tsé, comme pour tous les projets de développement, on doit être conscient des risques d'exacerbation des inégalités entre genres et inclure cette question dans la surveillance. On sera aidé dans ce travail si l'on connaît, dès le début, les différentes utilisations et la valeur du bétail pour chaque membre de la famille. Il est peu probable que les inégalités entre chefs de famille propriétaires de bétail soient atténuées par des modifications du plan de lutte contre les tsé-tsé, mais plutôt par une concertation de l'agence qui le met en oeuvre avec d'autres acteurs pouvant éventuellement prendre des mesures complémentaires (par exemple mise en place de techniques de désherbage moins gourmandes en main d'oeuvre).

Les inégalités entre chefs de famille, liées à leur statut de propriétaires de bétail, peuvent être, partiellement ou totalement, gérées dans le cadre du programme de lutte par la gestion de l'assignation des coûts. Dans un programme basé sur le traitement épicutané du bétail ceci peut être assez facile : si chacun traite la même proportion de son troupeau, les bénéfices seront grosso modo proportionnels aux coûts. Si le programme est basé sur l'emploi d'écrans, alors un système de contribution différentielle (en liquide ou en travail) pour la maintenance des écrans pourra être nécessaire. S'il existe des inégalités flagrantes entre ceux du centre et ceux de la périphérie de la zone de lutte, il faudra une gestion beaucoup plus pointue c'est à dire en complétant, en zones périphériques, le traitement épicutané des animaux par l'installation d'écrans aux frais de la collectivité.

Référence
Salmon, J. & Barrett, J.C. (1994). Social issues in animal trypanosomiasis control. Tropical Science 34, 191-202.


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